Les carnets de Sophie


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5/3/2008
Un diamant de plus!
 
Ma petite pochette en velours s’est enrichie d’un nouveau diamant ! Le violoniste Frank Peter Zimmermann. Honte à moi qui ne l’avais encore jamais vu jouer, et merci à maestro Weller de nous l’avoir apporté dans ses bagages de directeur artistique !
Le voilà aujourd’hui qui occupe une place de choix parmi les Hilary Hahn, Vadim Repin et autres merveilleux talents qui peuplent le panthéon de mes violonistes préférés.
J’ai rarement entendu une clarté du son et une pureté pareille (servi admirablement par un Strad de 1711, qui fut le violon de Fritz Kreisler…), mais ce que je n’avais encore jamais vécu, c’étaient des répétitions avec lui ! Il faut avoir connu ça !
Déjà le choix de son concerto « A la mémoire d’un ange » d’Alban Berg. Qui oserait de nos jours jouer du Berg, si ce n’est justement un violoniste qui n’a plus rien à prouver et qui se fait plaisir en s’intéressant à ce qui n’intéresse pratiquement personne ?
Déjà sur ce coup-là, il gagnait toute mon estime. Mais quand, à peine avoir commencé à jouer, il s’arrête pour demander poliment, dans un très bon français et directement à l’orchestre (après en avoir demandé la permission au chef, car normalement, un soliste s’adresse au chef qui « traduit » sa demande à l’orchestre –eh oui, la hiérarchie est partout !) de respecter et exagérer la nuance piano du début ; quand il s’arrête à nouveau pour reformuler sa demande et ne continue pas tant que la nuance dont il a envie n’est pas correctement réalisée… là, j’ai compris qu’on n’avait pas affaire à n’importe quel violoniste.
Avec Frank Peter Zimmermann, nous entrions dans le monde des violonistes qui ne se contentent pas de jouer du violon.
Sa connaissance quasi universelle de la partition m’a médusée. Sa maîtrise dépassait presque effrontément celle de maestro Weller qui avait néanmoins l’âge et la bienveillance de s’en amuser…
Zimmermann avait des idées très précises sur les tempi, les phrasés des vents, les articulations, les coups d’archet des cordes, les nuances, la justesse… Bref, ce concerto, c’était SON truc !
Un exemple ? À une question de la flûte solo au chef à propos d’un changement de tempo à la mesure 200, Zimmermann avait répondu avant même que Weller ne trouve l’endroit dans sa partition. Il connaissait même les numéros de mesures par cœur !
Malgré la façon (toujours élégante) qu’il avait de marcher sur les plates-bandes de Weller, on sentait entre eux un immense respect, une amitié de longue date, des traits d’humour et une complicité – de celle qui me fait parfois dire « ils vivent dans une autre réalité que la mienne ». Devant une telle connaissance de la partition, et soyons-en sûrs, également de la vie de son compositeur etc., tout chef un peu intelligent ne pouvait que s’incliner et se réjouir de la leçon ! Tout comme moi !


petite photo : Alban Berg
grande photo : Frank Peter Zimmermann



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