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18/12/2007
Walter Weller, une force de la nature
Comme interview de fin d’année, je ne résiste pas à vous faire découvrir celle que je fis de maestro Walter Weller en octobre 2004, bien avant les tractations qui permirent à l’ONB de se l’attacher comme directeur artistique, mais déjà un Walter Weller à la recherche de ce son si caractéristique de la tradition viennoise classique-romantique.
Nous voici donc il y a trois ans, dans le lobby du Hilton, à Bruxelles…
Je voudrais tout d’abord connaître votre toute première émotion musicale ?
Walter Weller : C’était vers 6 ans. J’avais commencé le violon à 5 ans avec mon père, qui était violoniste au Wiener Philharmoniker et professeur du petit-fils de Richard Strauss. Il l’accompagnait donc très souvent chez nous. Nous étions des enfants du même âge et mon premier souvenir musical important, est que Richard Strauss a composé pour nous (et je l’ai toujours à la maison, accroché au mur) le très fameux duo de la fin de son « Chevalier à la rose » écrit pour deux petits garçons jouant des cordes à vide…
Formidable !
Oui ! Malheureusement, j’étais trop jeune pour réaliser qui était vraiment Richard Strauss !
Vous avez donc grandi à Vienne ?
Oui, je suis un pur Viennois. Mais comme on dit là-bas, il ne suffit pas d’être né à Vienne pour être Viennois. Il faut également avoir du sang Hongrois et Tchèque dans les veines ! (rires)
Et c’est votre cas ?
Oui, j’ai du sang Tchèque par mes grand-mères (cela se sent peut-être lorsque je vous dirige dans le Dvorak !) (rires)
Donc, le violon à 5 ans avec votre père…
Oui, d’abord à l’académie puis au Conservatoire. Et un jour, à 13 ans et demi, je lis dans le journal une annonce du Wiener Phil. cherchant des « remplaçants » violonistes. À cette époque, le début des années 50, l’orchestre avait l’habitude d’engager des remplaçants pour ménager les « titulaires » dans les productions fastidieuses, comme les Wagner.
Le jour de l’audition, je n’ai rien dit à personne –même pas à mon père- , j'ai fait l’école buissonnière… suis allé là-bas… et j’ai gagné le concours !
À la sortie de l’épreuve, on m’a demandé ce que je faisais l’après-midi même. À part des devoirs d’école, je n’avais rien. Alors ils m’ont immédiatement engagé pour participer à une session d’enregistrement. Je ne savais même pas de quoi il s’agissait ! Et ce fut ma première rencontre professionnelle avec W. Furtwängler…
J’ai encore le disque de cet enregistrement à la maison ! (rires)
Puis à 17 ans, on m’a demandé de faire le concours pour être titulaire. On était 58 concurrents et j’ai eu la place ! Dans les premiers violons…
Votre père devait être fier de vous ?
Oui, je crois, mais il n’a jamais été autorisé à participer de près ou de loin au jury de l’examen. Et je dirais même plus : c’est à cause de moi que cet orchestre a décidé, depuis ce jour, de faire tous les examens derrière un paravent !
On a donc tiré au sort l’ordre de passage. J’avais le numéro 2.
Vous vous souvenez même de ça ! (rires)
Oh oui ! J’ai même encore ce bout de papier à la maison ! (rires) Il sacré !
Puis vint le moment où l’orchestre chercha un nouveau concert-meister. Je me suis présenté (j’avais 20 ans) et pendant une semaine de test, j’étais non seulement leader-stagiaire de l’orchestre, mais je devais jouer aussi les grands concertos du répertoire sous la direction de Karajan - directeur artistique de l’époque.
À la fin de ce premier test, on était encore deux concurrents. Ici, l’histoire devient amusante ! Donc, on est encore 2 en lice et Karajan décide de passer dans une salle plus petite, juste à côté, pour nous accompagner au piano dans le solo de « La vie d’un héros ».
Il commence avec l’autre concurrent, puis ce fut mon tour. Karajan commence à jouer le tutti, tout va bien, sauf qu’à un moment, il commet une erreur. Je n’ai par la suite jamais eu le courage de lui demander si c’était fait exprès ! Dire à Karajan qu’il s’était peut-être trompé aurait été suicidaire ! Bref, il confond « primo » et « secondo » dans la reprise du thème. Et là, j’ai un réflexe salvateur : je décide de me « tromper » avec lui. C’est alors qu’il me lance un regard que je n’ai jamais oublié ! Il s’est levé et s’est écrié : « C’est mon homme ! ». Et j’étais concert-meister à la seconde même. Cela a duré 12 ans.
Vous savez, je pense être le dernier à avoir eu la chance de travailler avec la « vieille » génération de chefs : Furtwängler, Klemperer, Bruno Walter, Knappertsbusch, le « jeune » Karajan, le « jeune » Böhm, Mitropoulos… tous ces gens inoubliables…
Quelle était leur caractéristique ?
La personnalité…
Cela manque aujourd’hui ?
Oh oui ! Beaucoup ! Prenons par exemple Knappertsbusch : il avait des tempi très lents, mais il y avait une telle personnalité derrière que cela en devenait fantastique. Le problème avec les jeunes générations, c’est qu’on leur donne tout de suite de très bons orchestres à diriger, sans le moindre « bagage » derrière eux et c’est une grande erreur ! Dans le passé, le chemin était long pour arriver à diriger un bon orchestre. Quand on lit la biographie de gens tels que Knappertsbusch ou Klemperer, on se rend compte qu’ils ne sont devenus célèbres qu’à l’âge de 50-55 ans. Pas avant ! Même Karajan a commencé dans de petites villes comme Aachen, Ulm…
Laissons aux jeunes le temps de se développer !
Et vous, qu’aimez-vous développer avec l’orchestre ?
Le son et le style. Ecoutez une symphonie de Beethoven par Walter ou Furtwängler, c’est absolument fantastique ! Quel son ! Incroyable !
Le son est ma raison de vivre, et rechercher perpétuellement la sonorité appropriée à l’œuvre jouée rend mon métier passionnant…
Nous en étions à votre vie de concert-meister au W.P. Pourquoi, tout à coup, vouloir devenir chef ?
(rires) Aaah ! Très bonne question ! Et bien, déjà enfant, je voulais devenir chef d’orchestre. J’avais commencé une collection de baguettes, et je peux dire que je possède à peu près toutes les baguettes des chefs que j’ai rencontrés, excepté Toscanini.
Mais comment faisiez-vous ? Vous leur demandiez ?
Euh…oui, mais la plupart du temps, je les volais ! Car il faut savoir que les chefs ont toujours plusieurs baguettes avec eux… Sauf Mitropoulos qui n’en avait qu’une. C’est d’ailleurs un souvenir amusant : il nous dirigeait pour l’ouverture du festival de Salzbourg, en 1956 ou 57, dans « Elektra », et je suis allé le voir après le spectacle pour lui dire : « Quel dommage, c’est impossible de vous voler une de vos baguettes ! Vous n’en avez qu’une et l’avez toujours avec vous. Or je fais une collection etc. » Évidemment, on riait tous les deux ! Et il m’a donné sa baguette…
Bref, enfant, tout cela m’intéressait beaucoup. Je lisais une partition d’orchestre plus facilement qu’un livre. Mais étant devenu, à 20 ans, leader du W.P., j’avais mis de côté ce rêve. Ce qui l’a réveillé, c’est le coup classique du chef d’orchestre (en l’occurrence Böhm) qui tombe malade 2h avant le concert. C’était en 1966. Il y avait au programme la 6ème de Beethoven et la Do majeur de Schubert. Évidemment, aucun chef, sur la place de Vienne, n’était libre. Et c’est comme ça que notre régisseur de l’époque est venu me voir : « Dites, vous qui avez toujours rêvé d’être chef d’orchestre, si vous saisissiez votre chance ? Ca vous dirait ? » Et inconscient que j’étais, j’ai dit OUI. En plus de ça, il n’y avait ni partitions, ni baguette ! J’ai dû tout faire par cœur.
Vous deviez être mort de trac, non ?
Oui, mais seulement le lendemain ! (rires)
Ce fut un grand succès… On parlait de moi dans les journaux comme un nouveau Toscanini (rires), qui, dans les même circonstances, était passé de la chaise de violoncelle solo au podium de chef.
Par la suite, pour faire court, j’ai gardé la place de concert-meister du W.P., mais en plus, l’orchestre me confiait la direction de ses « petits » concerts. Et comme si cela n’était pas suffisant, j’avais mes tournées avec mon quatuor à cordes. Bref, ce furent les 3 plus dures années de toute ma vie.
Et un jour, vous avez fait un choix…
C’est venu de l’Opéra de Vienne. Ils m’ont dit : « Nous voudrions vous avoir comme chef permanent. Si c’est oui, nous changeons votre contrat de concert-meister en contrat de chef. » Et c’est comme ça que je suis devenu chef à part entière.
Cette période fut celle du « répertoire ». Un soir c’était « Elektra », deux jours plus tard, autre chose… Et tout ça sans répétitions. À Vienne, il n’y a jamais de répétitions ! Ce qui n’est pas sans risques : par exemple, le jeune Atlantov qui, pour ses « débuts » à Vienne, s’est mis à chanter le rôle de Don José de « Carmen » en Russe. Vous voyez le genre de surprises ! (rires)
Cette période n’a pas grand chose à voir avec la Musique, car je n’ai jamais eu l’occasion de préparer convenablement un opéra.
Puis, en 1973, a commencé la période « anglaise ». Liverpool, puis Londres, puis l’Écosse, qui garde une place de choix dans mon cœur (ne voulant pas se séparer de moi, ils m’ont nommé « chef invité à vie » !).
Entre-temps, j’ai été chef permanent et directeur artistique de l’Opéra de Bâle. Ce furent trois années de bonheur et de succès jusqu’à l’arrivée d’un nouveau directeur qui détruisit tout. Alors je suis parti. Si vous saviez ce que cet orchestre est devenu avec cet homme… Un désastre ! Et il est toujours là ! Pourquoi garde-t-on toujours si longtemps les incapables aux places importantes !
Le contact humain est important pour vous ?
Oh oui, très ! Vous savez, il n’est pas rare que des musiciens viennent me voir pour des problèmes personnels qui n’ont rien à voir avec la musique. Les orchestres que j’aime sont comme ma propre famille. Le problème est que beaucoup de ces familles me voudraient comme unique père ! (rires)
Qu’est-ce qui est déplaisant dans ce métier ?
Parfois les hôtels. Sauf en ce moment, où le lieu est formidable (le Hilton, ndlr). Je pourrais y rester des semaines ! Le plus fatiguant physiquement et nerveusement, ce sont les tournées. Car vous n’avez pas le droit d’être fatigué ou malade…
Et le plus plaisant ?
Quand je suis sur scène et que je « parle » avec un orchestre. Quand j’arrive à lui transmettre mon « feeling » intérieur.
C’est quoi un concert réussi ?
Quand c’est plein de Musique… quand la concentration d’un orchestre est au plus haut… quand il est avec vous… Quel bonheur de voir un musicien jouer AVEC vous !
Qu’est-ce qui est important à travailler pendant les répétitions ?
Avant de faire de la vraie musique, celle qui vient de l’intérieur et que vous ne pouvez pas préparer car elle change chaque jour selon votre humeur, l’acoustique etc… vous devez travailler le son, la justesse, la technique et la préparation : savoir ce qui va suivre et adopter l’attitude correcte.
Un chef doit toujours éviter le moindre climat de nervosité. Par exemple, en expliquant toujours aux musiciens pourquoi il reprend tel passage.
L’idéal serait de travailler autant que possible pour arriver à une technique totalement maîtrisée. Celle qui permet, ensuite, de tout oublier au concert et de se sentir parfaitement libre. Les accidents ne me dérangent pas et il ne faut jamais fusiller du regard le musicien fautif ! Cela ne ferait qu’aggraver les choses.
Avez-vous des souvenirs de chefs qui le faisaient ?
Oh oui ! Böhm, par exemple…
Comment voyez-vous les relations idéales entre un orchestre et son chef ?
Quand les musiciens jouent pour vous. Et vous le voyez immédiatement, même avec un orchestre que vous n’avez jamais vu. En deux minutes, vous savez à quoi vous en tenir : quels sont les points faibles, les points forts, qui a besoin d’aide, qui n’en a pas besoin… Cela vient avec l’expérience. La mienne est de 50 ans ! Je peux faire encore beaucoup d’erreurs, mais 50 ans d’estrade, personne ne peut me les enlever !
N’est-ce pas étonnant de voir à quel point le même orchestre peut parfois sonner si différemment, d’une semaine à l’autre, uniquement en ayant changé de chef ?
Oui, oui… Tout est affaire d’oreille intérieure. Vous savez, j’ai une image sonore, en moi, qui me guide, et je connais les moyens techniques pour arriver le plus près possible de cet idéal. Certains ont aussi cet idéal en eux, mais ne savent pas comment l’atteindre.
La base sont les cordes. Si vous arrivez à obtenir d’elles la chaleur nécessaire, automatiquement, le hautbois, la flûte etc. se mêleront à ce son…
Ils réagiront en fonction du climat sonore…
Oui, bien sûr ! Réagir à ce qui l’entoure est, pour moi, la définition du bon musicien !
Pourriez-vous faire un autre travail ?
Oh, non. Si c’était à refaire, je referais exactement la même chose.
Avez-vous le trac ?
Non. J’ai un tension qui naît petit à petit 3 ou 4 heures avant le concert. Mais « tension » n’est pas « nervosité ». La nervosité vient quand vous ne connaissez pas suffisamment l’œuvre. Mais cela ne m’arrive jamais ! Ou alors peut-être la première fois que j’ai dirigé « Elektra » ou « Le sacre du printemps ». Mais dans 99% des cas, je connais les œuvres tellement bien ! J’ai à peu près toutes les symphonies du répertoire dans le sang, et même au saut du lit, je serais capable de diriger n’importe quoi.
« Le sacre du printemps » est réputé pour sa difficulté, ce n’est donc pas une légende…
Non. J’étais, en effet, assez nerveux la première fois, car je l’ai dirigé alors que j’étais encore concert-meister du W.P. Et cette pièce me hante encore aujourd’hui, car c’est un des 2 cas dans ma vie, où j’ai dû arrêter l’orchestre au concert ! Je me suis embrouillé dans les changements de mesure à la fin… (rires) Imaginez ça devant mes collèges, faire ça au fameux Wiener Philharmoniker ! (rires)
Si vous aviez quelque chose à dire à l’orchestre : un conseil, une demande, un espoir ?
Question intéressante ! Le « matériel » est vraiment très bon. Revenons 15 ans en arrière : lorsque je suis venu ici, je n’étais pas très enthousiaste. Il n’y avait pas le potentiel pour obtenir ce que je demandais. Mais quand je suis revenu l’année passée, ce fut vraiment une grosse surprise ! Je me suis dit : « Aaaah ! Mais c’est un bon orchestre ! Et je peux travailler avec lui ! » Et dès le lendemain de la première répétition, , j’ai téléphoné à mon manager et lui ai dit que si l’orchestre avait l’envie de me réinviter, ce serait avec plaisir. Et me revoici donc aujourd’hui !
Vous êtes un orchestre très intéressant avec lequel j’ai envie de travailler à l’obtention d’un son « classique-romantique ». Celui qui se construit à partir des basses et remonte pour aboutir aux premiers violons. Vous avez des vents de première qualité et une très bonne section de cordes avec d’excellents musiciens. Il faut maintenant travailler avec ce matériel, aussi longtemps que cette volonté et cet enthousiasme se manifeste comme en ce moment…
Quels sont les talents nécessaires pour faire un bon musicien d’orchestre ?
Il doit avoir sa propre sensibilité, mais aussi, être réceptif à celle du chef. Le bon musicien d’orchestre est celui avec lequel je peux parler sans mots. La musique est exactement tout ce qui n’est pas imprimé. C’est le « ressenti », comme entre deux personnes dans la vie. En fait, il ne faut pas trop parler dans les répétitions. Si les musiciens jouent AVEC vous, les mots ne sont plus nécessaires…
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Qu’est-ce que vous êtes incapable de faire ?
Grimper ! J’ai le vertige !
Qu’est-ce que vous faites le mieux ?
mmm… prendre les choses du bon côté. Il pleut ? Ok. Il fait beau ? Ok. Pour moi, tout est bon…
Vous ne vous plaignez jamais ?
Si, quand il y a des choses qui ne vont pas. Mais je ne me plains pas de la Vie, ce qui est différent.
Pensez-vous avoir eu de la chance ?
Oui, absolument ! La chance que Böhm tombe malade le soir du concert ; la chance d’avoir eu les nerfs pour le remplacer (rires) ; la chance que mon cerveau fonctionne bien…
Qu’est-ce qui vous met en colère ?
Le manque de professionnalisme dans tous les domaines. Vouloir de l’argent sans rien faire. Je ne le comprends pas, car pour moi, la vie est le travail et l’épanouissement qu’il procure.
Qu’est-ce que vous pardonnez toujours ?
Question difficile. Je dirais presque tout… Cela n’a aucun sens de me souvenir qu’il y a deux ans, un tel à dit ça de moi, ou qu’un autre m’a fait telle chose désagréable. C’est pardonné depuis longtemps !
Qu’est-ce qui est beau ?
La nature ! Et comme nous venons de la Nature, nous devrions l’être aussi, sauf que le caractère de certains ne l’est pas du tout. Par exemple, ce qui me rend heureux, c’est de n’être pas du tout envieux. Pourquoi le serais-je ? Le monde est assez grand pour tout le monde. C’est comme la jalousie. Pourquoi le serais-je ? Parce que je ne dirige pas le Berliner Ph. ? Et alors ?
Quelle est votre première action, le matin en vous réveillant ?
Je maudis le réveil et me demande pourquoi dois-je me lever si tôt ! (rires)
Et la dernière chose avant de vous endormir ?
mmm… Quand j’ai de la chance, il n’y a aucun compositeur qui vient me visiter… car normalement, c’est juste au moment où vous voulez vous endormir qu’arrive Prokofiev pour vous dire bonsoir, ou Beethoven avec son « po-po-po-pomm » alors dans ces moments-là, on voudrait débrancher son cerveau ! Sinon, je dirais que c’est juste le bonheur de se coucher, enfin ! (rires)
Habitez-vous à Vienne ?
Oui, entre la maison de Schubert, de Beethoven et à 3 maisons de celle de Mahler. Je dois dire que le voisinage est excellent !
Quelle découverte ou invention est pour vous la plus importante ?
mmm… pas quelque chose de technique. Car je trouve que la technique n’est pas toujours un progrès. Elle nous fait souvent perdre notre essence humaine. Aujourd’hui, tout le monde à un téléphone dans une poche et un ordinateur dans l’autre et plus rien d’humain dans le cœur.
Cette évolution vous inquiète ?
Oui, beaucoup. Je suis très pessimiste pour l’avenir de l’humanité. Le seul signe optimiste, est qu’en montagne, lors de mes vacances, ce ne sont plus seulement des vieux qui font de la randonnée mais maintenant aussi des jeunes. Cela prouve que la jeune génération en a peut-être marre de cette technique qui gouverne tout. Nous ne sommes pas des machines, que diable !
Bien sûr, la médecine, par exemple, a fait beaucoup de progrès. Mais le revers de la médaille est que beaucoup de ces progrès creusent un terrible retard humain.
Qu’est-ce que vous emporteriez sur une île déserte ?
(rires) De l’eau potable !
Êtes-vous célèbre dans votre quartier ?
Non. En Autriche, nous sommes des gens spéciaux. Quand quelqu’un a du succès, ils ne veulent pas le savoir, sauf si il part jeune et revient, célèbre, vers 70-75 ans. (rires)
Votre plus grande qualité ?
L’optimisme.
Votre plus grand défaut ?
Je ne veux pas y penser ! (rires)
Votre odeur préférée ?
Celle des fleurs. La rose…
La pire ?
Celle de quelqu’un, dans le tram ou le bus, qui n’a jamais vu un savon de près…
Qu’est-ce qui est totalement inutile ?
Être méchant. En général, ça vient d’une faiblesse de caractère. Si vous êtes fort à l’intérieur, vous n’avez pas besoin de la méchanceté pour venir à bout d’un problème. Et la force intérieure se sent immédiatement. Si je m’assieds avec 10 personnes autour d’une table, je sais très vite qui est faible et qui est fort. Le regard est souvent un bon indice.
Que signifie pour vous « être adulte » ?
Question très intéressante ! ’entends souvent dire autour de moi par des gens qui ont la cinquantaine : « Oh, je voudrais revenir en arrière, avoir à nouveau 20 ans etc. ». Et je ne suis absolument pas d’accord ! Refaire ce que j’ai fait, oui. Mais balayer d’un revers de la main toute l’expérience accumulée depuis toutes ces années, jamais !
En photo ci-dessus avec Maurizio Pollini


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